Mascarade (BD européenne)

de Florence Magnin

mascarade_couvUne auteur loin d’être inconnue …

Le nom de Florence Magnin sonne à mes oreilles comme le mot Magicienne. Avec un M majuscule !
Je vais être claire de suite : je suis fan. Je l’avoue comme un aveu de faiblesse car on peut craindre à raison du fanatisme le manque de recul et d’objectivité…

Florence Magnin a une grande expérience d’illustratrice pour des romans SF et fantastiques, des jeux de cartes, de plateaux, et sans doute bien d’autres choses encore.
Je m’en tiens avec bonheur aux BD. Ses univers sont extrêmement oniriques et fantastiques. Elle est l’auteure (en tant que dessinatrice et parfois scénariste, comme c’est le cas pour Mascarade) de très belles séries qui ont été à chaque fois un grand coup de cœur !

Pourtant, à l’ouverture de ce livre, je comptais bien le regarder d’un œil critique.

 
Hé ho ! On en parle de la BD oui ou non !?

De prime abord, l’épaisseur surprend : 240 pages d’un coup, d’un seul ! Je crois que ce n’est pas banal dans le monde de la BD. Au moins, nous n’aurons pas à trépigner dans l’attente du tome suivant, comme pour l’Héritage d’Emilie. Chapeau à l’éditeur d’avoir suivi l’auteure dans ce projet.

Cependant, en feuilletant l’ouvrage, une chose m’inquiète : une impression de déjà-vu dans les thèmes des graphismes. Florence Magnin nous resservirait-elle les mêmes plats? Allons, faisons-lui confiance : c’est une Magicienne, non? Et effectivement, la lecture va vite me rassurer.

L’onirisme hante toujours les pages et les couleurs éclatent de toute leur palette. C’est chatoyant! Ambiances enchanteresses ou cauchemardesques. Côté technique du dessin, l’auteure nous dévoile sa maîtrise de différentes matières : crayons de couleur, aquarelles, gouache et encre… Dispersement? Non! Ca sert très bien l’expression des atmosphères! Du monde réel aux multiples mondes imaginaires, de la diversité, il y en a ! On se délecte de la minutie du dessin, des détails. On découvre au fil de la lecture de magnifiques pleines pages ou double-pages.

 
Tout ça, ne nous dit toujours rien sur l’histoire…

Mascarade - Florence Magnin
« 11 ans… A la frontière de l’enfance,
où règne encore la magie,
Gaëlle fabrique les masques qui lui ouvriront
les portes des territoires interdits…
Mais le trop vieux pays des contes,
qu’on dit à tort rose et bleu,
cache dans l’ombre des créatures
que l’enfer même a exilées…
L’Ogre surtout y règne en maître,
et sa descendance sur Terre
chasse sans fin les innocents
qui n’ont pas su voir à temps
que sous le masque
luisent des dents… »

Une jeune fille de 11 ans, Gaëlle, est en vacances d’été avec sa mère dans un petit village en pleine campagne. Seulement sa mère, car ses parents sont en pleine séparation… Et celle-ci compte bien lui présenter son amant, Denis.
Cela ne fait qu’éloigner Gaëlle qui s’absente la plupart du temps, et trouve un ami en un jeune garçon nommé Titou. Orphelin, il vit avec sa grand-mère, « la Mamé ».
La vieille femme  leur raconte la très ancienne tradition locale : fabriquer ses propres masques pour visiter au cours de son sommeil le domaine des Esprits, qui accordaient parfois des pouvoirs à leurs visiteurs. Et justement, au cours de ses excursions dans un bois avec Titou, Gaëlle trouve un masque près d’un ruisseau.
Cette découverte inquiète beaucoup la Mamé qui le jette au feu. Gaëlle découvrira que c’est dans ce même ruisseau qu’une fillette de son âge avait été retrouvée noyée, 3 ans auparavant. Meurtre qui n’a jamais été résolu…

 

« Et c’est comme ça, sous l’oeil rond de la lune qui en a pourtant vu d’autres, qu’on commence à faire des bêtises… »

Ca n’empêche pas Gaëlle de fabriquer d’autres masques et ainsi de franchir pendant son sommeil des contrées inconnues, fantasques et peuplées de créatures inquiétantes.
Piquée de curiosité, elle expérimente des mondes qui ne sont pas sans rappeler les contes pour enfant les plus connus… A ceci près, que quelque chose cloche : les faux-semblants sont nombreux, les bons et les méchants ne tiennent pas les discours habituels et semblent même avoir échangé leur rôle…

Les parallèles entre la réalité, l’entourage de la petite fille et les personnages de ses rêves sont flagrants. L’ogre de ses cauchemars aussi a son pendant de monstre bien réel…

Pourtant, Gaëlle est persuadée de pas avoir « que » rêvé en relatant ses expériences à son ami Titou. Et plus l’été passe, plus la réalité se fond aux rêves.

 

« Ce qui appartient aux rêves doit leur revenir au bout du conte… »

Gaëlle fabule-t-elle ? Le lecteur doute, l’auteure en rajoute…
Au fond, Mascarade nous fait suivre le passage difficile vers l’âge adulte d’une enfant au travers des évènements d’un été : elle doit perdre son innocence, abandonner ses repères et l’image idéale de ses parents. Elle se confronte aussi aux faux-semblants des adultes, leurs secrets, leur fragilité, et les cruautés extrêmes de ce monde.

 
Quel talent !

Il y a beaucoup d’agilité de la part de Florence Magnin à passer ainsi d’un monde à l’autre, sans perdre son lecteur. C’est un exercice qu’elle a déjà merveilleusement bien réalisé dans la série l’Héritage d’Emilie.
Seulement ici, en plus de l’univers onirique dont elle a le secret, elle y ajoute la dimension du thriller dans notre monde contemporain.

Certains passages m’ont fait craindre un dénouement trop classique mais là encore, la scénariste arrive à tisser des fils inhabituels. Si certains peuvent reprocher à Florence des univers « cul-cul la praline », trop naïfs, je ne crois pas que ce sera le cas avec Mascarade. Au contraire, une ambiance malsaine s’immisce. Ceux qui ne la percevraient pas font peut-être une lecture bien trop rapide et n’effleure qu’un niveau superficiel. C’est là, que Florence Magnin me surprend ! Son univers déjà si riche se complète, surtout dans les dernières parties, d’un aspect psychologique bien plus fin et subtil qu’il n’y paraît.
Elle ne céde pas au manichéisme, au risque de prolonger le malaise à la fermeture du livre…

 
En résumé…

Florence Magnin réalise avec Mascarade la meilleure BD qu’elle ait faite à ce jour (amha). Richesse graphique et scénaristique portée à son summum, dans le style qui lui est cher : l’onirisme fantastique. Mais cette fois-ci, elle y mêle la réalité contemporaine, NOTRE réalité.
Rêves, loup blanc et chat chanteur amicaux, château en ruines, enfants disparus, fantômes, suspense… De quoi titiller l’imagination, non ? Ce sont quelques-uns des ingrédients que Florence Magic… euh Magnin transforment de ses crayons en BD sublime !

 

mascarade - Florence Magnin

 

MASCARADE
Genre : fantastique/ drame
Scénario : Florence Magnin
Dessins et couleurs : Florence Magnin
Date de parution : novembre 2014
Editeur : Daniel Maghen

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